Alzheimer et conduite automobile : quand et comment arrêter
Avec la maladie d'Alzheimer, la question n'est pas de savoir si votre parent arrêtera de conduire, mais quand et comment. En France, les troubles cognitifs liés à la maladie imposent une évaluation par un médecin agréé. Le plus difficile reste souvent d'en parler, en préservant sa dignité et sa liberté de se déplacer.
À retenir
- Se perdre sur un trajet connu, hésiter aux carrefours ou réagir plus lentement sont des signes qui doivent alerter.
- L'arrêté du 28 mars 2022 impose aux conducteurs atteints d'une affection listée, dont les troubles cognitifs d'une maladie neuro-évolutive, de consulter un médecin agréé.
- Le contrôle coûte 36 euros, n'est pas remboursé et ne peut pas être fait par le médecin traitant.
- Selon Service-Public.fr, sans ce contrôle, un conducteur responsable d'un accident lié à sa pathologie n'est pas couvert par son assurance.
Quels signes au volant doivent alerter ?
Les signes qui doivent alerter sont des difficultés nouvelles sur des trajets pourtant connus. France Alzheimer cite notamment :
- Se tromper de route sur un trajet familier
- Hésiter au milieu d'un carrefour
- Réagir plus lentement
- Ne pas respecter une priorité
- Rouler trop vite ou trop lentement
- Abîmer la voiture en manœuvrant
- Se montrer irritable au volant
Signes cités par France Alzheimer. Un seul épisode ne suffit pas à conclure.
Un seul épisode ne suffit pas à conclure. Pour y voir clair, montez à côté de votre parent sur quelques trajets habituels et notez ce que vous observez, avec les dates. Ces notes serviront au médecin, bien plus qu'une impression générale. Si vous repérez d'autres changements dans la vie quotidienne, notre article sur les premiers signes d'Alzheimer vous aide à faire le point.
Que dit la réglementation française ?
En France, l'arrêté du 28 mars 2022 fixe la liste des affections médicales incompatibles avec la conduite, ou compatibles avec des aménagements ou des restrictions. Selon ce texte, la conduite demande une aptitude physique, cognitive et sensorielle. Les conducteurs atteints d'une affection de la liste doivent faire évaluer leur aptitude par un médecin agréé.
Les troubles cognitifs liés à une maladie neuro-évolutive, comme la maladie d'Alzheimer ou une maladie apparentée, figurent dans cette liste. Le ministère de l'Intérieur a précisé, dans une réponse au Sénat publiée en octobre 2023, que l'avis médical s'appuie sur les symptômes plutôt que sur le diagnostic. Autrement dit, c'est la présence de troubles cognitifs qui compte, pas le nom de la maladie.
En juillet 2025, la Société française de gériatrie et gérontologie et la Fédération des centres mémoire ont annoncé des recommandations validées par la Sécurité routière. Elles proposent une évaluation personnalisée et graduée, centrée sur les capacités réelles du conducteur.
Comment se passe le contrôle médical chez un médecin agréé ?
Le contrôle médical de l'aptitude à la conduite se fait chez un médecin de ville agréé par le préfet, qui ne doit pas être le médecin traitant. Les informations qui suivent sont celles de Service-Public.fr.
Doit notamment le passer toute personne dont la maladie est incompatible avec le maintien du permis.
- Trouver un médecin agrééLa liste est publiée sur le site de chaque préfecture et disponible en préfecture, en sous-préfecture et dans certaines mairies. Ce ne doit pas être le médecin traitant.
- Venir avec les bons documentsLe formulaire d'avis médical (cerfa n° 14880), le questionnaire de santé de l'arrêté, une pièce d'identité et le permis en original.36 €, non remboursés
- L'examenLe médecin peut prescrire des examens, demander l'avis de spécialistes ou un test de conduite.
- L'avis du médecin, puis la décision du préfetSelon France Alzheimer, l'issue peut être une autorisation de conduire, un permis de durée limitée ou une inaptitude.
- Un recours si besoinDevant la commission médicale d'appel.
Source : Service-Public.fr. Le contrôle est gratuit pour une personne dont le taux d'invalidité reconnu atteint au moins 50 %.
Point important : Service-Public.fr précise qu'une personne qui ne passe pas ce contrôle et qui est responsable d'un accident lié à une pathologie incompatible avec la conduite n'est pas couverte par son assurance.
Comment en parler sans blesser votre parent ?
Pour aborder l'arrêt de la conduite, présentez-le comme une question de sécurité, jamais comme un échec. France Alzheimer le rappelle : renoncer à conduire n'est ni une sanction, ni une remise en cause de la valeur de la personne.
Conduire représente souvent la liberté et l'autonomie. Attendez-vous à des résistances, et ne cherchez pas à tout régler en une conversation. Quelques repères :
- Choisissez un moment calme, loin d'un incident ou d'une dispute.
- Partez de faits précis plutôt que de reproches : « Mardi, tu as hésité longtemps au rond-point. »
- Demandez son avis : « Comment te sens-tu au volant en ce moment ? »
- Parlez de ce qui restera possible : les courses, les visites, les sorties, autrement.
France Alzheimer évoque aussi un arrêt progressif : trajets courts, conduite accompagnée, éviter certaines situations. Notre guide pour communiquer avec un proche atteint d'Alzheimer détaille les attitudes qui apaisent l'échange.
Pourquoi s'appuyer sur le médecin ?
Le médecin est l'allié naturel de cette décision : sa parole est souvent mieux reçue que celle des enfants. Selon France Alzheimer, le médecin traitant ou le spécialiste peut recommander de limiter la conduite, par exemple en évitant la nuit, les trajets complexes, la mauvaise météo ou la conduite seul.
France Alzheimer précise que le médecin reste tenu au secret professionnel : il ne prévient pas la préfecture. Il oriente la personne vers un médecin agréé quand la sécurité lui semble compromise. Avant le rendez-vous, vous pouvez lui transmettre vos observations, si votre parent est d'accord, pour qu'il aborde le sujet en consultation.
L'association insiste : l'arrêt de la conduite ne devrait jamais reposer uniquement sur les proches. Les équipes mémoire, les psychologues et les travailleurs sociaux ont l'habitude de ces situations.
Quelles solutions pour continuer à se déplacer ?
Arrêter de conduire ne doit pas signifier rester chez soi : préparez les alternatives avant, pas après. France Alzheimer cite plusieurs pistes :
- les transports adaptés et les navettes locales ;
- les taxis ;
- l'accompagnement par les proches, organisé à tour de rôle ;
- les aides proposées par le conseil départemental, la mairie ou le CCAS (centre communal d'action sociale).
Renseignez-vous auprès de la mairie ou du CCAS sur ce qui existe près de chez votre parent. Un planning partagé entre frères et sœurs évite que tous les trajets reposent sur la même personne. Pour les démarches et les financements possibles, consultez notre article sur les aides et dispositifs en France.
Cet article informe et oriente ; il ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel qui connaît votre proche. Rédigé par l'équipe Au fil du jour à partir des sources citées ci-dessous.
Questions fréquentes
Mon parent vient d'être diagnostiqué : doit-il arrêter de conduire tout de suite ?
Pas forcément du jour au lendemain. Selon le ministère de l'Intérieur, l'avis médical porte sur les symptômes, notamment les troubles cognitifs, plutôt que sur le seul diagnostic. En revanche, un conducteur atteint d'une affection listée par l'arrêté du 28 mars 2022 doit faire évaluer son aptitude par un médecin agréé. Parlez-en avec son médecin dès maintenant.
Le médecin traitant peut-il signaler mon parent à la préfecture ?
Selon France Alzheimer, non : le médecin reste tenu au secret professionnel et ne prévient pas la préfecture. En revanche, il peut recommander de limiter ou d'arrêter la conduite, et orienter votre parent vers un médecin agréé par le préfet lorsque la sécurité lui semble compromise. C'est ensuite à votre parent de faire la démarche.
Comment trouver un médecin agréé pour le permis de conduire ?
Selon Service-Public.fr, la liste des médecins agréés est publiée sur le site internet de chaque préfecture. Elle est aussi disponible en préfecture, en sous-préfecture et dans certaines mairies. Le médecin agréé ne doit pas être le médecin traitant. Le contrôle coûte 36 euros et n'est pas pris en charge par l'Assurance maladie.
Sources
- Contrôle médical de l'aptitude à la conduite — Service-Public.fr
- Arrêté du 28 mars 2022 fixant la liste des affections médicales incompatibles ou compatibles avec ou sans aménagements ou restrictions pour l'obtention, le renouvellement ou le maintien du permis de conduire — Légifrance
- La conduite automobile — France Alzheimer
- Maladies incompatibles avec la conduite (question écrite et réponse du ministère de l'Intérieur) — Sénat
- Conduite automobile et troubles cognitifs : publication des recommandations officielles validées par la Sécurité routière — SFGG
Sources consultées en septembre 2026. Les règles et montants évoluent : vérifiez auprès de l'organisme concerné.
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